Appréhender le fonctionnement du système cardiovasculaire dans son contexte environnemental est une thématique émergente encore peu étudiée. Le projet ENVI-MI soutenu par la Fondation Cœur & Recherche porté par les professeurs Marianne Zeller et Yves Cottin, CHU Dijon Bourgogne s’intéresse à l’impact de la pollution atmosphérique et du bruit sur le risque de récidive d’infarctus du myocarde.
C’est la première étude française de cette ampleur qui étudie ces relations sur une période rétrospective de 7 ans, à partir d’une large base de population (environ 15 communes de l’agglomération dijonnaise).
Elle repose sur la mise en commun d’expertises sur les aspects épidémiologiques de l’infarctus en transversalité avec une équipe de chercheurs et cliniciens de Besançon (Université de Bourgogne Franche Comté : Pr Nadine Bernard, Pr Frédéric Mauny, Sophie Pujol, et Magali Koczorowski), experte dans la cartographie modélisée des niveaux de polluants de l’air ambiant et de bruit. Aujourd’hui, on estime qu’en France, près de 50 000 décès prématurés par an sont liés directement à la pollution.
L’objectif des recherches menées par l’équipe du RICO est de mieux comprendre les liens existant entre l’infarctus du myocarde et les facteurs de l’exposome, comme la pollution atmosphérique ou sonore avec comme objectif, à terme, d’améliorer la prévention des maladies cardio-vasculaires qui restent la 2ème cause de mortalité en France.
Les résultats de ce travail collaboratif Dijon – Besançon suggèrent, pour la première fois, une association entre l’exposition au bruit des transports et le risque de maladie cardiovasculaire, et soutiennent l’hypothèse d’une sensibilité spécifique des hommes aux effets sanitaires de la pollution sonore. D’autres études de cohorte prospectives en population sont donc nécessaires pour mieux comprendre les interactions entre le sexe et les effets cardiovasculaires du bruit environnemental, et pour adapter, si nécessaire, les messages de santé publique.
Les résultats du projet en 3 points essentiels
Bruit et maladies cardiovasculaires
Une analyse a révélé l’existence d’une relation entre l’exposition au bruit des transports et l’incidence des cardiopathies ischémiques. Il a été démontré que l’exposition nocturne au bruit augmente la fréquence cardiaque et la pression artérielle par l’activation du système nerveux sympathique, ce qui réduit la variabilité de la fréquence cardiaque.
De plus, les associations entre le bruit du trafic routier et les maladies cardiovasculaires se sont avérées plus fortes chez les sujets dormant avec des fenêtres ouvertes. Ainsi, la gêne induite par le bruit pourrait être l’un des principaux facteurs contribuant à la relation entre l’exposition au bruit et l’hypertension.
Sensibilité au bruit des transports en fonction du sexe
Les résultats suggèrent que les hommes sont particulièrement sensibles au bruit environnemental, et notamment au bruit des transports. Pourtant, dans des contextes expérimentaux, les femmes ont ressenti plus de gêne que les hommes lorsqu’elles ont été exposées à toutes les fréquences de bruit de faible intensité.
Chez les 4 861 personnes âgées de 45 à 70 ans, qui avaient vécu au moins 5 ans à proximité de 6 grands aéroports européens, on a constaté une relation significative entre l’exposition quotidienne au bruit de la circulation routière et le risque d’hypertension, qui était plus forte chez les hommes.
Mécanismes physiopathologiques sous-jacents
Les études expérimentales portant sur les mécanismes sous-jacents du risque cardiovasculaire induit par le bruit chez l’animal ou l’homme sont rares. Chez les adultes en bonne santé, l’exposition nocturne au bruit des avions a été associée à une altération de la fonction endothéliale. En outre, il a été démontré que le bruit de la circulation nocturne provoque des niveaux élevés d’hormones de stress telles que le cortisol et les catécholamines, ainsi qu’une activation du tonus sympathique.
Des études animales ont également suggéré que l’exposition au bruit pendant le sommeil provoque une réponse inflammatoire et de stress oxydatif plus prononcée que l’exposition en phase d’éveil.
Perspectives
Il reste à déterminer si les effets extra-auditifs du bruit résultent directement de l’exposition ou de la perturbation du sommeil et des problèmes de santé mentale qui y sont liés, tels que l’anxiété et la dépression, qui sont des facteurs de risque connus des maladies cardiovasculaires.
Les gens passent 80% de leur temps à l’intérieur, or, le bruit à l’intérieur n’a pas été pris en compte par l’étude. De même, aucun questionnaire sur les habitudes de sommeil, les fenêtres ouvertes ou fermées, la localisation de la chambre à coucher était disponible. Les adresses des sujets ne contenaient que le nom et le numéro de la rue. Cela a pu limiter la précision de l’évaluation de l’exposition au bruit.
Publication dans Scientific Reports :
https://www.nature.com/articles/s41598-022-06825-0