SIGNAL ICD : anticiper les arythmies grâce aux données des défibrillateurs implantables
Certains patients présentant un risque élevé de troubles graves du rythme cardiaque sont équipés d'un défibrillateur automatique implantable.
Ce dispositif surveille en permanence l'activité électrique du cœur et peut délivrer un choc lorsque survient une arythmie dangereuse.
Mais les défibrillateurs modernes disposent d'une autre capacité : ils enregistrent quotidiennement de nombreuses informations sur l'état du patient, transmises à distance aux équipes médicales dans le cadre de la télésurveillance.
Le projet SIGNAL ICD cherche à utiliser ces données pour anticiper les arythmies graves plusieurs jours avant leur apparition.
Exploiter les informations déjà disponibles
Fréquence cardiaque, niveau d'activité physique, mesures électriques internes, épisodes passagers d'accélération du rythme : les défibrillateurs collectent une quantité importante de données.
Si ces informations sont utiles au suivi médical, leur potentiel prédictif reste encore largement sous-exploité.
Les chercheurs se sont donc intéressés à l'évolution de ces paramètres dans les jours et les semaines précédant une arythmie ventriculaire grave.
L'objectif n'était pas seulement d'identifier une valeur anormale, mais de comprendre comment plusieurs indicateurs évoluent progressivement avant la survenue d'un événement cardiaque.
Onze indicateurs analysés grâce à l'intelligence artificielle
L'étude s'est appuyée sur un grand registre français de patients porteurs de défibrillateurs, suivis dans une vingtaine de centres.
Après sélection, l'analyse a porté sur près de 200 patients, comprenant des personnes ayant présenté une arythmie ventriculaire grave traitée par leur défibrillateur et des patients comparables n'ayant pas connu cet événement.
Pour chacun, les chercheurs ont étudié onze indicateurs transmis quotidiennement par l'appareil, en examinant leurs variations dans la période précédant l'arythmie.
Un algorithme d'apprentissage automatique a ensuite été entraîné à reconnaître les profils annonciateurs.
Des signaux qui s'intensifient à l'approche de la crise
Les résultats montrent que l'algorithme parvient à classer correctement environ 77 % des cas, avec une bonne capacité à limiter les fausses alertes.
Un résultat particulièrement intéressant concerne l'évolution de ses performances : plus l'événement cardiaque approche, plus les signaux deviennent prédictifs.
Cela suggère que certaines arythmies graves pourraient être précédées de modifications progressives de l'état du patient, détectables grâce à l'analyse combinée de plusieurs paramètres.
Parmi les indicateurs les plus utiles figurent l'augmentation de la fréquence cardiaque, la multiplication de courts épisodes d'accélération du rythme, les variations de l'activité physique et certaines mesures électriques internes du défibrillateur, notamment l'impédance.
Une prévention sans examen supplémentaire
L'un des principaux intérêts de SIGNAL ICD est de reposer exclusivement sur des données déjà collectées par les défibrillateurs implantables.
L'approche ne nécessiterait donc aucun examen supplémentaire ni nouvelle contrainte pour les patients.
À terme, l'intégration d'une analyse automatisée aux systèmes de télésurveillance pourrait permettre aux équipes médicales d'être alertées lorsqu'un patient présente une évolution inquiétante de ses paramètres.
Elles pourraient alors envisager une intervention préventive adaptée, avant la survenue d'une arythmie grave.
SIGNAL ICD explore ainsi la possibilité de transformer la télésurveillance des défibrillateurs en un véritable outil d'anticipation du risque cardiaque.
Prédire l'arrêt cardiaque avant qu'il ne survienne : deux projets, une même ambition
Chaque année, dans le monde, quatre à cinq millions de personnes meurent d'une mort subite cardiaque. Ce décès brutal, souvent inattendu, est généralement provoqué par une fibrillation ventriculaire, un dérèglement électrique du cœur qui l'empêche de propulser le sang. Sans intervention immédiate, les chances de survie sont très faibles.
Jusqu'à présent, la prévention reposait principalement sur l'identification des personnes présentant un risque élevé à long terme, notamment grâce aux défibrillateurs implantables. Mais de nombreux arrêts cardiaques surviennent chez des patients qui n'avaient jamais été identifiés comme étant à risque.
L'enjeu est aujourd'hui de pouvoir anticiper un arrêt cardiaque quelques jours, quelques heures, voire quelques minutes avant qu'il ne survienne.
C'est l'ambition commune des projets FIBRILLATE et SIGNAL ICD, soutenus par la Fondation Cœur & Recherche. Tous deux utilisent l'intelligence artificielle pour déceler, dans des données médicales déjà disponibles, des signaux annonciateurs d'une arythmie grave.
Leurs approches sont complémentaires : FIBRILLATE cherche à détecter le danger dès la prise en charge d'un infarctus par les secours, tandis que SIGNAL ICD analyse les données transmises par les défibrillateurs implantables pour anticiper les troubles du rythme chez les patients déjà équipés.
Ces travaux, encore au stade de la recherche, ouvrent la voie à une médecine capable d'intervenir avant l'arrêt cardiaque, plutôt que d'en traiter uniquement les conséquences.